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A Santiago, une visite guidée au coeur de la révolte chilienne

« La rue est la presse du peuple », lance l’artiste Caiozzama à des touristes non loin de la Plaza Italia, en plein centre de Santiago, lors d’une insolite visite guidée consacrée à la crise sociale qui agite le Chili.

Graffitis, pochoirs, collages, peintures murales : depuis le début de la fronde sociale le 18 octobre, les protestataires, souvent jeunes, rivalisent d’inventivité pour exprimer leur mécontentement et leurs revendications, transformant l’hypercentre de Santiago en une véritable galerie d’art à ciel ouvert.

Point de départ de la visite d’une durée de deux heures et demi : une fresque représentant Jésus-Christ, soutenu par les policiers et avec un œil dégoulinant de sang, qui s’adresse aux manifestants en détournant une parole biblique : « Ne leur pardonnez pas. Ils savent parfaitement ce qu’ils font ».

L’oeuvre « parle des violations des droits de l’homme de la part du gouvernement. Le niveau de répression et le nombre de manifestants ayant été blessés aux yeux n’a pas son égal dans le monde », explique l’artiste Claudio Caiozzi, connu sous le nom de Caiozzama, qui intervient pendant la visite pour expliquer son travail.

Quelque 350 personnes ont été blessés aux yeux par des tirs des forces de l’ordre, dont deux ont totalement perdu la vue, selon des données de l’Institut national des droits humains (INDH), un organisme public indépendant.

L’art urbain permet d' »informer sur des choses dont les médias ne parlent pas », estime Caiozzama. L’artiste souligne l’importance du « street art » dans ce mouvement social où il apparaît comme le miroir des préoccupations de la population, alors que 62% des Chiliens continuent de soutenir les manifestations pour plus de justice sociale.

– « Vandales »

Plus loin, le groupe fait étape devant une réinterprétation de « Guernica », la célèbre toile de Picasso. De nombreuses oeuvres font aussi référence à Salvador Allende, le président socialiste renversé par le dictateur Augusto Pinochet (1973-1990) ou à la performance du collectif féministe Las tesis, dont la chanson chorégraphiée « Le violeur, c’est toi » a fait le tour du monde.

Devant chaque oeuvre, les touristes sont informés de l’identité de l’artiste et leur sont racontés les principaux événements qui ont marqué les trois mois de la révolte chilienne, grâce notamment à de courtes vidéos.

L’idée de cette visite guidée insolite revient à Francesca Sossa, jeune publicitaire au chômage. Depuis mi-décembre, elle a déjà assuré une douzaine de visites. « Nous voulons expliquer, à travers l’art urbain, la cause de nos manifestations, pourquoi nous descendons dans la rue », explique-t-elle à l’AFP.

Aujourd’hui, le collectif autour du circuit intitulé « Le Chili s’est réveillé » compte quelque 70 personnes, des artistes, graphistes, créateurs audiovisuels, tous désireux de raconter les racines profondes de la contestation.

Tous veulent aussi contrer l’image de « vandales » qu’alimente la persistance de heurts entre protestataires radicaux et forces de l’ordre à l’occasion de manifestations hebdomadaires, dont les stigmates sont toujours visibles sur la Plaza Italia et dans ses rues adjacentes, centre névralgique des manifestations.

« Les gens protestent depuis presque trois mois et je vois que les gens sont encore dans les rues, je ne sais pas comment tout cela va finir », s’interroge Paz Muñoz, une chargée de communication espagnole de 55 ans.

« J’ai été très surprise par les dégâts. Je ne m’attendais pas à voir les trottoirs endommagés, des bâtiments fermés », confie Joane Jacobs, 70 ans, une touriste américaine qui souhaitait, grâce à cette visite, mieux comprendre la réalité chilienne.

Il y a peu, le collectif a eu la surprise de découvrir sur le site Airbnb un parcours similaire proposé pour 25 dollars par un jeune Chilien sous le nom « Vivre la révolution chilienne ».

Après avoir reçu une avalanche de critiques l’accusant de faire de l’argent sur une crise qui a fait 29 morts et des milliers de blessés, la plateforme a finalement retiré l’annonce.

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