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A Tunis, près de 600 personnes réunies pour une presse « utile au citoyen »

Ils viennent de pays où la presse est parfois censurée, malmenée, souvent en difficulté: près de 600 participants sont réunis pendant trois jours à Tunis pour débattre de la liberté d’expression et de la production d’une information de qualité.

Les premières Assises du journalisme de Tunis rassemblent jusqu’à samedi des journalistes, mais aussi des blogueurs, patrons de presse, étudiants et universitaires venus de 30 pays du bassin méditerranéen et d’Afrique sur le thème du journalisme « utile au citoyen ».

Des participants des pays européens francophones ont également fait le déplacement et pris part aux activités de cette rencontre.

Des débats ouverts au public et des ateliers professionnels abordent l’indépendance des médias publics, la désinformation, la sécurité numérique ou encore les nouveaux outils du journalisme.

« Toutes les questions sont permises chez vous », constate un journaliste égyptien à l’issue d’un débat, étonné de voir la liberté avec laquelle un confrère tunisien s’est adressé au chef du gouvernement, Youssef Chahed, et n’a pas hésité à aborder le sujet de la corruption en Tunisie.

Sous le couvert de l’anonymat, il souligne la chance des Tunisiens de pouvoir s’exprimer librement et s’inquiète pour la situation du journalisme dans son pays: « Nous sommes vraiment très loin derrière », assure-t-il, tandis qu’un confrère égyptien épie les allers et venues autour d’eux, de peur que la conversation ne soit écoutée.

En Egypte, plusieurs journalistes, membres de l’opposition et figures laïques de la révolution de janvier 2011, sont emprisonnés et le régime du président Abdel Fattah al-Sissi, au pouvoir depuis 2014, est régulièrement pointé du doigt par des ONG internationales pour la répression de la liberté d’expression.

Les Assises de Tunis sont, pour Ibrahim Mustapha, rédacteur au journal d’Etat égyptien Al-Akhbar, l’occasion de comparer les niveaux de liberté d’un pays à l’autre: dans ce cadre, « il est utile de se connaître et de s’écouter », dit-il.

Depuis la révolution de 2011, la Tunisie jouit de son côté d’une liberté d’expression jamais enregistrée depuis l’indépendance en 1956, selon plusieurs ONG et observateurs.

Pour Manoubi Marouki, PDG du quotidien francophone tunisien La Presse, l’évènement permet « de comparer ce que nous avons fait par rapport aux autres, et de savoir où on en est exactement (près de) huit ans après la révolution ».


– « Rétablir la confiance » –

« Mais il faut désormais se pencher sur d’autres sujets, comme la qualité des informations et des sujets dans nos médias, le respect des règles du métier et de la déontologie, surtout dans la production audio-visuelle », estime M. Marouki, qui déplore l’utilisation des réseaux sociaux comme sources d’information.

« Débattre des conditions de la production de l’information de qualité » est l’objectif principal de ces Assises, insiste le président de l’association Journalisme et citoyenneté, Jérôme Bouvier, auprès de l’AFP. Son association organise un évènement similaire annuellement en France, et il espère que l’édition tunisienne devienne un rendez-vous bisannuel.

Comment vérifier un buzz sur internet, comment se protéger en ligne ou utiliser les drones: sous l’imposante coupole de la Cité de la Culture de Tunis, les ateliers battent leur plein et les participants y échangent en français et en arabe.

Certaines discussions sont ouvertes au public pour permettre de « rétablir la confiance entre le journaliste et le citoyen, et nous ne voyons pas cela assez souvent », se réjouit Taoufik Mjaied, présentateur tunisien à France 24, chaîne de télévision française d’information internationale.

L’évènement permet aussi à des journalistes d’investigation francophones, originaires des deux rives de la Méditerranée, de se rencontrer et de créer un réseau, essentiel pour traiter de sujets aux ramifications souvent transnationales.

Dans le même temps, des journalistes et des codeurs travaillent à l’invention de nouveaux formats journalistiques, à partir d’outils comme la réalité virtuelle ou de logiciels simulant la conversation écrite ou parlée.

« Les rencontres et échanges d’idées entre participants, qui viennent de réalités différentes, permettront de donner naissance à un tas de projets et d’initiatives qui sèment des graines pour demain », espère Jérôme Bouvier.

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