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Afrique du Sud: vers la fin du quasi-monopole de l’électricité, les mines soufflent

L'Afrique du Sud, dont l'économie est handicapée par des délestages fréquents, a annoncé la fin du quasi-monopole de l'entreprise publique…

L’Afrique du Sud, dont l’économie est handicapée par des délestages fréquents, a annoncé la fin du quasi-monopole de l’entreprise publique d’électricité Eskom, une mesure réclamée à cor et à cri depuis des années par l’industrie minière, clé pour le pays.

Depuis 2018, l’Afrique du Sud, première puissance industrielle du continent, a renoué, après un répit de trois ans, avec les délestages réguliers, jusqu’à plusieurs heures par jour.

La compagnie publique d’électricité Eskom, qui fournit plus de 90% de l’électricité dans le pays, n’arrive pas à répondre à la demande.

Ses centrales à charbon, principale source d’électricité en Afrique du Sud, sont vieillissantes et mal entretenues. Et le groupe – qui croule sous une dette abyssale de 26 milliards d’euros, résultat d’une mauvaise gestion et de pillage pendant la présidence de Jacob Zuma (2009-2018) – peine à les réparer.

Les coupures ont un effet « paralysant » sur l’économie, a reconnu jeudi soir le président sud-africain Ramaphosa lors de son discours annuel à la nation.

Alors pour « augmenter rapidement et de façon significative la capacité de production » d’électricité hors Eskom, il a annoncé une révolution: une série de mesures facilitant la production par les industriels de leur propre électricité. Les demandes dans ce sens seront examinées dans un délai de 120 jours.

L’annonce du chef de l’Etat a été immédiatement « saluée » par l’industrie minière, qui fait campagne depuis des années pour produire son électricité, notamment à base d’énergies renouvelables.

L’Afrique du Sud, pays très ensoleillé, dispose des conditions idéales pour l’énergie solaire et éolienne.

– « Bonne direction » –

Il y a quelques années, le géant sud-africain Sibanye-Stillwater avait obtenu l’autorisation de produire 50 mégawatts, « mais nous en avions demandé 150 », s’est plaint récemment son PDG, Neal Froneman, accusant Eskom de « protéger son monopole ».

Si tout se passe bien, ces déceptions pourraient être prochainement de l’histoire ancienne.

« Les compagnies minières seront bientôt (…) moins dépendantes d’Eskom », s’est réjouie jeudi soir la chambre des mines.

L’industrie minière a déjà en boîte « une série de projets énergétiques de 1,5 gigawatt qui peuvent être opérationnels dans les neuf à trente-six mois », a-t-elle précisé.

L’annonce du président Ramaphosa est un soulagement pour les mines – l’un des secteurs les plus gourmands en électricité – et l’industrie en général, alors que la croissance de l’Afrique du Sud est désespérément molle (0,8% en 2018).

C’est « un pas dans la bonne direction », a estimé l’analyste Raymond Parsons. « Il est impératif de réduire le risque qu’Eskom continue à faire peser sur l’économie sud-africaine. »

Les délestages d’Eskom sont « considérés comme l’une des principales menaces pesant sur l’économie sud-africaine », selon la chambre des mines. Ils « ont un effet dévastateur sur le secteur minier », a affirmé récemment son président, Roger Baxter.

En 2019, le secteur des mines, qui contribue à 8% du produit intérieur brut (PIB) sud-africain, s’est contracté de 1,3%.

En décembre, au plus fort des délestages, des mines ont fonctionné au ralenti.

Le groupe Petra Diamonds a dû fermer momentanément ses mines de Cullinan, Finsch et Koffiefontein. Ses mineurs ont dû être remontés d’urgence à la surface pour ne pas se retrouver bloqués dans les entrailles de la terre.

Le plan gouvernemental annoncé jeudi pourrait être la clé « pour éroder le monopole » d’Eksom, souligne l’agence de notation financière Fitch Ratings, mettant cependant en garde contre l’opacité entourant la délivrance des permis de production d’électricité.

Autoriser des sociétés minières « à apporter leurs propres solutions énergétiques signifie qu’on peut faire partie de la solution. C’est vraiment positif », a salué le président d’Anglo American, Mark Cutifani.

« Ce qui me rend triste, ajoute son concurrent Neal Froneman, est qu’il ait fallu attendre deux ans et une crise pour en arriver là. »