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Chine: à Wuhan, 11 millions d’habitants coupés du monde

Stations de métro fermées, caddies remplis à ras bord, masque obligatoire: les habitants de Wuhan, dans le centre de la Chine, se retrouvent coupés du monde jeudi, mis de facto en quarantaine pour cause de coronavirus.

La métropole de 11 millions d’habitants est au coeur de l’épidémie qui a contaminé plus de 570 personnes dont 17 mortellement et a commencé à se répandre dans plusieurs pays.

Dans l’espoir d’endiguer le mal, les autorités ont pris dans la nuit une mesure radicale et interdit tout départ en train, avion ou autocar depuis Wuhan (prononcer « Wou-ranne »). Les habitants se retrouvent prisonniers de leur cité à la veille du long congé du Nouvel an chinois.

Le long de ses vastes artères, la métropole prend des airs de ville fantôme, avec de rares passants le visage recouvert de masques — une précaution désormais obligatoire par arrêté municipal.

« Les stations de métro sont fermées, les grilles baissées, il y a peu de circulation, beaucoup de magasins sont fermés », énumère Adrian.

– Provisions de survie –

Comme ses collègues, ce professeur de français a reçu l’ordre de pas quitter son université, sauf pour aller chercher du ravitaillement dans un hypermarché du coin.

« Certains clients avaient un ou deux caddies remplis à ras bord. On aurait dit qu’ils faisaient des provisions de survie », témoigne-t-il.

Les réjouissances prévues à l’occasion du Nouvel an sont annulées.

Dans un hôtel du centre-ville, les clients se voient remettre du gel désinfectant et doivent prendre leur température. Un hôtel voisin vient de fermer ses portes.

Les transports publics sont toujours autorisés à gagner Wuhan, mais peu de gens les empruntent.

« Certains ont modifié leurs plans mais pas moi: je veux rentrer à la maison », déclare Fang, un homme de 28 ans qui vient de quitter Shanghai à bord d’un TGV à destination de l’épicentre du virus.

– Hôtesses masquées –

A bord d’un vol au départ de Pékin, seuls une trentaine de passagers, pour la plupart originaires de Wuhan et sa région, sont entourés d’hôtesses au visage recouvert d’un masque.

Plusieurs d’entre eux assurent à l’AFP ne pas avoir peur du virus et être prêts à rester bloqués sur place plusieurs semaines.

A l’arrivée, l’aéroport de Wuhan est quasi désert, la grande majorité des commerces sont fermés et les tapis à bagages restent vides.

Une employée confie ne pas savoir quand l’aéroport sera formellement fermé. « Je ne sais même pas à quelle heure je vais finir le travail car la situation est changeante », dit-elle.

Sur les réseaux sociaux, des habitants se disent « au bord des larmes » à la nouvelle de la mise en quarantaine et appellent au secours.

« Nous manquons d’aliments et de produits désinfectants, nous avons besoin de ressources supplémentaires », écrit un internaute. « Nous avons l’impression que c’est la fin du monde ».

– ‘Je ne sors pas’ –

Après avoir semblé ignorer l’épidémie apparue le mois dernier, les habitants ont soudainement réagi cette semaine, lorsqu’il est apparu que le virus pouvait se transmettre entre humains.

« Je ne sors pas depuis deux jours », déclare à l’AFP un habitant du nom de Mao, expliquant être sorti pour la dernière fois afin d’acheter un masque respiratoire — au prix prohibitif de 50 yuans (6 euros).

« La personne derrière moi a acheté tout ce qui restait », raconte-t-il.

Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, une jeune mariée originaire d’une ville voisine célèbre ses noces avec un masque sur le visage. Elle explique que tous les invités en provenance de Wuhan sont priés de s’asseoir à la même table.


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