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Colombie: reprise des manifestations, affrontements avec les forces de l’ordre

La mobilisation contre le gouvernement du président Ivan Duque a repris mardi en Colombie avec des marches et des blocages routiers notamment à Bogota, où des affrontements violents se sont soldés par au moins quatre blessés et plusieurs arrestations.

Ce mouvement, assorti d’un « cacerolazo » national ou concert de casseroles en fin de journée comme lors des manifestations de novembre et décembre, a affecté la circulation automobile dans plusieurs secteurs de la capitale.

La police a fait usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau contre des personnes cagoulées, qui lançaient des pierres et ont causé des dégâts, selon des images télévisées.

La mairie de Bogota a fait état sur Twitter de 18 « manifestations pacifiques » et de deux points, dans le nord-ouest et le sud de la ville, où les forces de l’ordre sont intervenues contre « des individus cagoulés violents ».

Dans le centre de la capitale, Flor Calderon, 60 ans, s’est interposée entre les manifestants et les policiers de l’Escadron mobile anti-émeutes (Esmad) qui bloquaient le cortège.

« Ceci est une lutte pour vous et les enfants de vos enfants parce que le pays va très mal », a-t-elle lancé aux forces de l’ordre, en brandissant un drapeau blanc et en leur demandant de laisser passer la manifestation.

Cette femme a expliqué à l’AFP qu’elle était descendue à nouveau dans la rue pour protester contre le « massacre » des leaders communautaires. En outre « l’éducation est très mauvaise, la santé est très mauvaise, donc c’est pour ça que j’accompagne ces jeunes », a-t-elle ajouté.

Au moins trois policiers et un manifestant ont été blessés dans la capitale, selon des sources officielles et des journalistes de l’AFP. Des affrontements avec les forces de l’ordre ont également émaillé des manifestations dans les villes de Medellin et Cali, deuxième et troisième du pays.

La maire de Bogota, Claudia Lopez, en fonction depuis le 1er janvier, a établi un protocole contre la violence pendant les manifestations, qui prévoit une instance de dialogue avant un usage progressif de la force publique.

La mobilisation reprend à l’issue des vacances, après une fin d’année marquée par de multiples manifestations exigeant un changement de cap du gouvernement de droite, au pouvoir depuis août 2018.

Outre la mise en cause de la politique économique du président Ivan Duque, le mouvement, lancé le 21 novembre, dénonce la spirale de violence visant leaders communautaires et défenseurs des droits humains depuis l’accord de paix de 2016 avec l’ex-guérilla marxiste des Farc, transformée en parti politique.

Selon l’ONU, au moins 107 de ces militants ont été tués en 2019, la majorité dans des régions où opèrent des groupes armés impliqués dans le trafic de drogues.

Les Nations unies ont en outre alerté sur les assassinats de 173 ex-guérilleros qui ont déposé les armes.

« Personne ne peut payer de sa vie le fait de défendre une opinion politique ou une cause sociale, et c’est pour cela que nous considérons cela comme très important parmi nos revendications », a déclaré à la presse une dirigeante universitaire, Jennifer Pedraza.

Le président Duque a lancé une « conversation nationale » avec différents secteurs sociaux pour tenter d’enrayer le mouvement, mais ses leaders exigent une négociation directe.

Rejetant la « violence » contre les forces de l’ordre, le chef de l’Etat, qui pâtit de 70% d’opinions défavorables dans les sondages, a estimé que « ces agressions obligent à des arrestations et des sanctions exemplaires ».


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