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Destitution: une témoin dénonce une « fiction » russe utilisée par Trump

Une ex-conseillère à la Maison Blanche a dénoncé jeudi une « fiction » créée par la Russie et propagée par Donald Trump sur une prétendue ingérence ukrainienne dans la politique américaine, une théorie reprise en boucle par les défenseurs du président menacé de destitution.

Au cours des huit derniers jours, dix témoins ont apporté au cours d’auditions marathon au Congrès de nombreux éléments à charge pour le président américain, sans ébranler – du moins en apparence – les élus républicains.

« Certains d’entre vous semblent croire que la Russie et ses services de sécurité pourraient ne pas avoir mené de campagne contre notre pays, et que peut-être, l’Ukraine l’a fait », leur a dit Fiona Hill, ancienne responsable du Conseil de sécurité nationale, entendue à son tour au Capitole.

« C’est une fiction qui a été créée et propagée par les services de sécurité russes eux-mêmes », a-t-elle ajouté, avant d’implorer: « s’il vous plaît, ne propagez pas pour des raisons politiques des mensonges qui servent clairement les intérêts russes ».

Donald Trump risque une mise en accusation (« impeachment ») à la Chambre des représentants à cause d’un appel téléphonique du 25 juillet, au cours duquel il a demandé à son homologue ukrainien d’enquêter sur un potentiel adversaire à la présidentielle de 2020, Joe Biden, mais aussi sur un mystérieux « serveur » informatique démocrate.

Cette seconde requête est une référence à une théorie, selon laquelle l’Ukraine aurait piraté les e-mails du parti démocrate lors de la présidentielle américaine de 2016, et non la Russie contrairement aux conclusions des services de renseignement américains.

– « Nous hanter » –

La première moitié du mandat de Donald Trump a été empoisonnée par une enquête sur des soupçons de collusion entre Moscou et son équipe de campagne. Les sombres théories sur l’Ukraine ont débuté à ce moment-là, dans des cercles de partisans du président.

Lors des auditions au Congrès, les républicains, soucieux de légitimer la requête du président, ont donné du crédit à ces thèses. L’élu Devin Nunes a encore estimé jeudi que Donald « Trump avait de bonnes raisons d’être inquiet des ingérences ukrainiennes dans sa campagne électorale ».

Un diplomate en poste à Kiev, David Holmes, entendu aux côtés de Mme Hill, a rétorqué que cette thèse donnait du crédit aux dénégations des Russes et les aidait dans leur conflit avec Kiev, en minant la confiance des Etats-Unis pour leur allié.

Les deux témoins sont par ailleurs revenus sur le rôle joué par l’avocat personnel du président, Rudy Giuliani, dans la propagation de ces théories.

Mme Hill a rappelé que le conseiller à la sécurité nationale John Bolton, limogé en septembre, avait comparé M. Giuliani à « une grenade dégoupillée ». « Il répétait des idées qui risquaient de revenir nous hanter. Et je crois que nous en sommes là », a-t-elle ajouté.

– « Donnant-donnant » –

« Les preuves sont claires: le président a utilisé sa fonction à des fins personnelles », a pour sa part déclaré la chef des démocrates Nancy Pelosi après l’audition des dix premiers témoins qui ont largement sapé les lignes de défense du président.

L’appel du 25 juillet était « parfait », répète en boucle ce dernier. Ceux qui l’ont entendu en direct ont pourtant rapporté leur malaise face à un échange « inapproprié » ou pour le moins « inhabituel ».

Il n’y a eu « aucune pression » exercée sur Kiev, martèle encore le président.

Mais un de ses proches, l’ambassadeur Gordon Sondland, a assuré qu’un « donnant-donnant » avait été communiqué aux Ukrainiens: si leur président voulait être invité à la Maison Blanche, il devait annoncer publiquement des enquêtes sur « 2016 et Joe Biden ».

Gordon Sondland a ajouté « avoir acquis la conviction » qu’une aide militaire de près de 400 millions de dollars avait également servi de levier. Ce riche homme d’affaires, donateur républicain, a toutefois reconnu que le président Trump ne lui en avait « jamais » parlé « directement ».

Les républicains se sont emparés de cette déclaration pour dénoncer un dossier « sans preuve matérielle ». Forts de leur majorité au Sénat, qui serait chargé de juger le président, ils devraient lui éviter une destitution.


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