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Icône des luttes sociales en Grèce, Constantina Kouneva craint pour les « droits des travailleurs »

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Un mois avant des élections qui pourraient changer le paysage politique en Grèce, Constantina Kouneva craint pour « les droits des travailleurs »: cette ancienne femme de ménage a consacré sa vie à la lutte syndicale pendant la crise grecque, au point d’être défigurée par une attaque à l’acide.

Cette icône des luttes sociales grecques se battait pour de meilleures conditions de travail des agents de ménage quand, en rentrant chez elle un soir de décembre 2008, un inconnu lui aspergé le visage et le cou d’un liquide corrosif.

Hospitalisée pendant des mois, après une trentaine d’interventions chirurgicales, cette mère de famille a perdu un oeil et gardé des séquelles sur les cordes vocales et certains organes internes. A cause de ses blessures, Constantina Kouneva, aujourd’hui 54 ans, ne peut toujours pas dormir allongée.

L’enquête autour de son agression n’a jamais abouti. Aucun suspect n’a jamais été identifié mais il ne fait pas de doute que l’attaque soit liée à son combat syndical.

Cette Bulgare, immigrée en Grèce pour faire soigner son fils, était alors employée dans une entreprise de nettoyage du métro et se battait sur tous les fronts pour défendre ses collègues.

« Nous sommes sur le point de perdre nos droits du travail », confie-t-elle à l’AFP, s’arrêtant régulièrement pour reprendre sa respiration.

En 2014, des années après son agression, l’ancienne étudiante en histoire est élue eurodéputée sous la bannière du parti de gauche d’Alexis Tsipras, Syriza, alors principal parti d’opposition au parlement grec.

Après cinq ans à Bruxelles, elle se dit préoccupée par la montée des politiques néolibérales en Europe. Elle s’inquiète qu’en Autriche, une récente loi ait porté à 60 heures le temps de travail hebdomadaire (ou 12 heures par jour). Et en Roumanie, elle s’insurge que le gouvernement fasse désormais porter aux employés la plupart du fardeau des côtisations sociales.

La Grèce aussi se prépare à un changement politique radical avec l’arrivée probable au pouvoir du parti conservateur Nouvelle Démocratie, qui selon les sondages, a de bonnes chances de renverser le parti Syriza du Premier ministre, aux élections législatives anticipées du 7 juillet.

« Quand je rencontre des gens pauvres, ils éclatent en sanglots en pensant qu’un précédent gouvernement qui a appauvri le pays pourrait revenir au pouvoir », soupire celle qui reste un symbole des luttes sociales en Grèce malgré sa santé fragile.


– Tsipras « faisait attention aux pauvres » –

Sans être membre de Syriza, la quinquagénaire est convaincue que le gouvernement Tsipras a fait de son mieux pour redistribuer les revenus, même après avoir été contraint à une politique d’austérité par les créanciers de la Grèce (UE et FMI).

« Ce gouvernement faisait attention aux pauvres, il essayait d’aider les Grecs. Il a fait des économies pour les politiques sociales, pour aider les familles pauvres », estime l’ancienne secrétaire générale du syndicat du personnel d’entretien, qui n’a jamais reçu de réparations après son agression.

Le gouvernement Tsipras a sévèrement accru les taxes en Grèce pour parvenir à l’excédent budgétaire réclamé par les créanciers, mais il a aussi étendu la couverture médicale gratuite aux non-assurés et développé des programmes d’aide aux plus modestes. Le chômage est passé de 26% quand Syriza est arrivé au pouvoir en 2015, à 18,5% cette année.

Constantina Kouneva n’a pas été réélue le 26 mai dernier aux Européennes, subissant de plein fouet l’échec cuisant dans tout le pays du Premier ministre sortant, face au parti conservateur Nouvelle Démocratie.

Assise à son bureau qui surplombe une autoroute embouteillée d’Athènes, l’eurodéputée sortante admet que cela lui fait de la « peine » de voir que la Grèce manque toujours d’un cadre protecteur des droits des employés domestiques, qui travaillent souvent sans couverture sociale, à la merci d’employeurs peu scrupuleux.

Les travailleurs grecs et étrangers qui viennent chercher ses conseils lui « disent que leurs employeurs retiennent leur paye, font du chantage pour leur faire signer de faux documents d’embauche ou les mettent à la porte injustement ».

« On m’a dit qu’il y avait de bons employeurs en Grèce. Personnellement, je n’en ai jamais rencontré », estime-t-elle.

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