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Italie: de « bonnes possibilités » pour une majorité PD-Cinq Etoiles

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Il existe de « bonnes possibilités » que le Parti démocrate (PD, centre-gauche) et le Mouvement Cinq Etoiles (M5S, anti-système) parviennent à former un nouveau gouvernement, indique à l’AFP Emiliana De Blasio, qui enseigne les sciences politiques à l’université Luiss de Rome.

Q: Quelle est la probabilité d’une nouvelle majorité PD-M5S ?

R: « Du point de vue parlementaire, c’est possible. Le nombre de sièges est suffisant (pour garantir une majorité). Pour les accords (de programme) aussi. La politique italienne est toujours imprévisible. Mais je crois qu’il y a de bonnes chances qu’on ait un nouveau gouvernement en septembre.

Ils sont d’accord pour réduire le nombre de parlementaires. Ils ont une grande convergence sur les thématiques environnementales, historique cheval de bataille du Mouvement 5 Etoiles et, aussi par le passé du PD. Autre point de convergence: le revenu de citoyenneté dont le PD a dit qu’il n’allait pas y toucher.

Plus que des points de désaccord, le problème vient des courants internes qui traversent ces deux partis.

C’est le cas du M5S: la position de (son chef Luigi) Di Maio est plutôt tiède à l’égard du PD parce qu’il sait que son leadership serait remis en cause dans une alliance.

Il y en a aussi au PD, avec des débats entre les pro-Renzi (l’ex-Premier ministre Matteo Renzi) et les pro-Zingaretti (Nicola Zingaretti, le nouveau chef du PD) ».

Q: Ce gouvernement ne serait pas représentatif, comme le dit Matteo Salvini ?

R: « Salvini peut dire beaucoup de choses mais les gouvernements sont représentatifs du vote des électeurs. Nous avons une constitution, une loi électorale. Il y a une majorité au parlement, les Cinq Etoiles sont le premier parti, le PD est le deuxième et la Ligue est le troisième.

En outre, les sondages le donnent en déclin depuis qu’il a fait éclater la crise de gouvernement. A tel point qu’il a fait marche arrière avec une nouvelle proposition d’alliance au M5S.

Je ne crois pas que Salvini ait déclenché la crise par erreur. C’est un très bon communicant, entouré de spécialistes compétents. Il est parvenu à porter un parti qui pesait 4% à un niveau qui en fait potentiellement le premier en Italie.

Il n’a fait aucune erreur. Il ne veut simplement pas payer le prix des choix du gouvernement.

La hausse de la TVA à 25% est au coin de la rue. C’est un gros problème qu’une nouvelle majorité devra résoudre. L’Italie a 23 milliards d’euros de trou budgétaire par rapport au contrat (engagement) avec l’Union européenne. Il veut échapper à tout cela.

Car les promesses électorales sont une chose, les comptes publics en sont une autre. Comme tous les pays, l’Italie doit tenir ses engagements envers l’Europe et Salvini le sait très bien.

Le projet de budget sera dur et ne contiendra pas des mesures de relance de l’économie ».

Q: Qui pourrait diriger le nouveau gouvernement, une femme ?

R: « La loterie a commencé. Il n’y a pas encore de nom évident qui émerge. D’aucuns ont cité l’ex-président de l’Istat (institut de statistiques) Enrico Giovannini, qui a créé une fondation pour lutter contre les inégalités.

Une femme ce serait vraiment bien. On a eu un gouvernement pratiquement composé uniquement d’hommes. (La vice-présidente de la Cour constitutionnelle, Marta Cartabia) serait une personnalité de haut niveau institutionnel. Il s’agit d’une magistrate, catholique, progressiste.

(Le Premier ministre sortant Giuseppe) Conte semble plaire aux Italiens et aux partis. Il faut voir comment il joue sa carte. Il a été une grande figure institutionnelle. Il a souvent corrigé les erreurs de communication politique des membres du gouvernement.

C’est un professeur, comme moi, un avocat qui a de l’expérience: celui qui devait être l’avocat du peuple a plutôt été l’avocat de l’Italie.

Quand il y a eu la crise avec la France d'(Emmanuel) Macron et que Di Maio est allé rencontrer des gilets jaunes, M. Conte a tenté d’arrondir les angles, il a parlé à Davos avec (Angela) Merkel. Il a aussi évité les mesures d’exclusion économique par l’Europe. Sur le plan institutionnel et international, Giuseppe Conte a obtenu un consensus qui s’est accru avec le temps ».


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