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Kaporo-rails : l’enfer des victimes

Les déguerpissement de Kaporo-Rails

De nombreuses familles y vivent depuis 40 ans. Livrées à elles-mêmes sans assistance de l’Etat alors qu’on est à deux mois du début de l’hivernage, les victimes se demandent à quel saint se vouer.

 

Situé dans la commune de Ratoma, le quartier Kaporo souffre le martyr pour la seconde fois. Car sous le règne de Lansana Conté également, plusieurs familles avaient été déguerpies. Plus de vingt ans après, l’histoire se répète. Mais cette fois-ci, un drame cache un autre. Car au-delà des destructions de biens, c’est l’avenir des milliers d’écoliers qui se trouve menacé. Car cette opération intervient en pleine année scolaire. La zone visée regorge de nombreuses écoles privées qui ont été contraintes de fermer. L’Etat a-t-il pensé à ce volet avant d’entamer les casses ? Ce n’est pas l’impression qui se dégage sur le terrain.

La zone est devenue un vaste champ de ruines. Le quartier vit au rythme des bruissements des Caterpillars de l’armée qui rasent tout, sous les yeux impuissants des victimes.  Certains déguerpis disent n’avoir nulle part où aller. L’opération de casse en cours ne se passe pas sans violences. Des heurts ont éclaté ce lundi d’ailleurs, faisant plusieurs autres victimes collatérales. Plusieurs déguerpis accusent des éléments de la gendarmerie d’exactions. Thierno Oumar Dem habite ce quartier depuis la première République. Marié à 4 femmes et pères de 28 enfants, il dit être l’un des premiers habitants de Kaporo-rails.  « Je suis vraiment inquiet aujourd’hui. Je suis là depuis le temps de Sékou Touré, Lansana Conté m’a trouvé ici, Dadis m’a trouvé ici, Konaté aussi et Alpha Condé la même chose, ça fait combien d’années ? Moi je ne sais pas. Au moment où je suis venais ici, il n’y avait pas de route à Bambéto ici, la transversale N°2 n’existait pas, il n’y avait pas une route pour aller à Hamdallaye. Lorsqu’on construisait cette maison on portait à la tête les sacs de ciment qu’on utilisait. En ce moment il n’y avait ni marché, ni rien. C’est grave vraiment, j’ai quatre (4) femmes et les enfants, aujourd’hui je n’ai rien à dire sauf je suis inquiet », a expliqué ce père de famille les larmes aux yeux.


Chassée par la rébellion en Sierra Léone, Fatoumata Diariou Barry est rentrée dans son pays dans l’espoir de vivre en paix. Mais quelques années après, elle est déguerpie deux fois par son propre Gouvernement. Cette mère de 7 enfants explique que c’est grâce à son petit commerce de l’eau glacée qu’elle nourrit sa famille. « Nous étions en Sierra Léone, lorsqu’il y a eu la rébellion on a fui. En ce moment lorsqu’on avait commencé à pleurer parce que nous étions des étrangers mon mari nous avait dit à l’époque d’arrêter de pleurer qu’on a où revenir en Guinée. Et nous sommes revenus, nous sommes 4 épouses, moi personnellement j’ai sept (7) fils, mes coépouses aussi, l’une a sept (7) fils, l’autre cinq (5) et la dernière a neuf (9). En 1998 lorsqu’ils étaient venus pour nous déguerpir ici je me suis battu avec eux et finalement on m’a laissé cette maison de 3 chambres et je suis là avec mon mari, mes 3 coépouses et nos enfants (28 enfants, ndlr). Moi je revends de l’eau glacée et c’est avec ça que je nourri mes enfants. Avec tout ce monde où on va aller ? On n’a nulle part où aller maintenant. Nous on pensait que comme on a fui les rebelles en Sierra Léone qu’on allait nous accueillir. Mais hélas ! »

D’autres habitants de Kaporo-rails voient cette action du Gouvernement guinéen comme une démonstration d’une haine contre une seule communauté. Selon Mamadou Samba Sow, la Capitale Conakry compte plusieurs réserves foncières de l’Etat, mais c’est seulement Kaporo-rails qui sont détruit. « Ce qui s’est passé à Kaporo-rails ici c’est la démonstration et l’accomplissement d’une haine parce qu’il faut dire les choses par leurs noms, c’est une haine contre la communauté locale et celle qui est majoritaire ici c’est la communauté Peulh, c’est elle qui habite Kaporo-rails. », a expliqué cet habitant de Kaporo-rails. Mamadou Samba Sow ajoute que les citoyens de Kapopro-rails se sentent comme des étrangers dans leur propre pays. Il demande par ailleurs que les habitants de cette zone soient traités comme tous les autres guinéens.

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