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Lansana Diawara : «Nous avons presque validé l’ensemble des préfectures du pays… »

Lansana Diawara

Lansana Diawara, coordinateur de la maison des associations et ONG de Guinée, une plateforme de la société civile guinéenne vient de lever le voile sur les actions envisagées. Dans cet entretien il revient également sur la récente sortie du préfet de Kankan, Aziz Diop qui promeut ouvertement le maintien d’Alpha Condé au Pouvoir jusqu’en 2025.
Aziz Diop l’ancien secrétaire exécutif du CNOSCG (coalition nationale des organisations de la société civile de Guinée) aujourd’hui préfet de Kankan demande aux guinéens d’accorder à Alpha Condé un prolongement de mandat au moins jusqu’en 2025. Comment avez-vous pris cette déclaration de cet ancien acteur de la société civile ?
Nous avons également fait le tour sur cette question qui est sur toutes les lèvres. Il s’agit du troisième mandat dont le monde en parle même si le Président ne s’est prononcé lui-même sur cette question. Nous avons saisi cette opportunité pour condamner l’acte irresponsable et indigne du préfet de Kankan, M. Aziz Diop. C’est choquant quand on sait que c’est un ancien de la société civile qui se permet d’avancer des propos aussi incendiaires, irresponsables qui n’honorent pas la société civile. Toute la société civile devrait condamner cet acte. Puisque c’est un ancien de nous qui fait la promotion d’un éventuel troisième mandat, la violation de la Constitution et de nos textes de Loi. Je pense c’est à condamner et nous condamnons fermement. Si ça persiste, nous demanderons une mobilisation citoyenne pour protester contre le préfet Aiziz Diop.
Parlant de cette question de troisième mandant qui est devenue très présente dans les débats politiques, dites-nous comment la société civile est en train de s’organiser pour éviter qu’un tel scenario se produit en Guinée ?
La société civile à travers la maison des associations et ONG de Guinée fait un travail de fond depuis des mois. Nous avons presque validé l’ensemble des préfectures du pays. Nous avons construit un hangar, nous allons tenir des assemblées citoyennes chaque semaine avec nos concitoyens pour discuter de l’actualité. On va faire l’éveil des consciences, nous partirons dans les quartiers mobiliser l’ensemble de nos concitoyens autour du travail, autour du développement, autour de la bonne gouvernance, de la lutte contre la corruption, mais également autour de la défense de la démocratie. Nous allons nous attaquer à ça au-delà du populisme. Nous ferons un travail concret à ce niveau. Aujourd’hui, il y a l’éveil des consciences et ceux qui promeuvent ça comprendront que les citoyens ne veulent pas d’une présidence à vie bien que le principal concerné ne s’est pas encore prononcé sur la question. J’interpelle le président de la République à se prononcer sur cette question. Ça y va de son honneur, ça y va de sa respectabilité en Guinée mais également dans le monde.
L’honorable Damaro affirme que le Président Alpha Condé a le droit de proposer une nouvelle Constitution. Ce qui suppose qu’on pourrait remettre les compteurs à zéro dans le contexte d’une nouvelle république. N’est-pas une source d’inquiétude ?
Ça n’engage que lui. Mais au-delà de nos intérêts personnels, il faut que les députés tout bord confondu, l’ensemble des leaders politiques, comprennent que l’intérêt du pays est au-dessus de leurs propres intérêts. Qu’ils pensent à l’histoire. Qu’est-ce qu’elle retiendra d’eux. Je vais vous faire une confidence. Il y a un responsable d’une institution républicaine, pas les moindre qui m’a dit que le point concernant le nombre et la durée des mandats, cette question est réglée, elle est fermée. Et la clé a été jetée en pleine mer. C’est pour dire qu’on ne peut pas y toucher. La Constitution française a connu plusieurs révisions, mais il y a certains points sur lesquels sont basés les valeurs de la République, on ne les touchera jamais : la laïcité, la liberté etc. Même aux Etats-Unis, c’est pareil. Il y a des aspects qu’on ne touchera jamais. Parce que c’est le piédestal sur lequel repose la Nation. Donc la question de troisième mandat, on ne peut y toucher. Que ce soit monsieur Damaro ou quelqu’un d’autres qui veulent rentrer dans les grâces du président, il faut qu’ils comprennent une bonne fois pour toute.
C’est là que j’interpelle de nouveau le Président de la République qui continue d’entretenir le flou. Pour sa respectabilité et pour son honneur, je lui demande de tenir un discours solennel pour dire au peuple de Guinée qu’il ne se présentera pas pour un troisième mandat. A ces hommes et femmes qui sont autour de lui et qui font la promotion de ça, s’ils ne font pas attention le peuple de Guinée va les répondre. Souhaitons que ça ne soit pas fatal puisqu’il y a l’éveil de conscience, les gens voient clair. L’alternance, le respect de la Constitution est fondamental. Le Président Alpha Condé a posé des actes que chacun de nous reconnait aujourd’hui, il a joué un grand rôle dans le domaine de l’électricité, les routes, c’est important. Il y a des aspects où il n’a pas réussi. Par exemple sur la corruption, nous sommes en zone de survie, la corruption est en haute échelle. A la maison des associations, nous avons un dossier avec des chiffres bien précis que nous mettrons sur la place public très bientôt. Nous viendrons vers le Procureur de la République lui montrer ça afin qu’ils poursuivent les concernés qui sont actuellement aux affaires. Nous demandons à d’autres citoyens de mettre les dossiers à notre disposition, nous allons garder la confidentialité des sources.
Le développement que vous êtes en train de promouvoir repose sur la stabilité mais aussi des institutions fortes et légales. Mais aujourd’hui la deuxième institution du pays qu’est l’Assemblée nationale est dans l’illégalité. Qu’est-ce que votre plateforme entend mener comme actions pour corriger cette anomalie institutionnelle ?
Nous pensons que c’est la délinquance politique qui est en train de se passer à l’Assemblée Nationale. Le citoyen a confié un mandat aux députés qui est à expiration. Donc, le fait de rester actuellement au sein de l’hémicycle ça n’engage qu’eux. Les députés n’ont plus le mandat moral, ils n’ont plus le mandat juridique du citoyen. C’est extrêmement important de le souligner parce quand on demande aujourd’hui aux citoyens, vous verrez qu’ils ne se reconnaissent plus à ces députés. C’est de la délinquance politique qui consiste à se permettre de tout faire et d’accepter tout. Au retour, il y a certaines choses qu’on n’accepte pas quand ça ne nous arrange pas. Ce qui fait que je dis souvent que le RPG et l’UFDG est un bon couple. Ils peuvent vraiment s’entendre quand il s’agit de duper le peuple, mais quand il s’agit de leur intérêt individuel, il y a souvent des divergences. Mais ça n’engage qu’eux parce qu’ils font de la politique. Mais en ce qui nous concerne, nous assumerons notre responsabilité devant l’histoire et devant le peuple de Guinée. Pour conclure sur cet aspect, nous pouvons dire que le fait de prolonger le mandat des députés et le fait d’accepter relèvent tout simplement de la délinquance politique.
Envisageriez-vous des actions à mener sur le terrain ?
Nous allons pousser cette réflexion. Nous sommes à un tournant décisif pour notre pays où chaque acte que nous posons rentrera dans l’histoire. Nous allons faire une mobilisation autour de la maison des associations, nous allons inviter d’autres plateformes de la société civile pour voir quelle la position commune que nous pouvons adopter par rapport à ça pour que les députés se rendent compte que ça fait un mauvais précédent.
Comment espérez-vous y arrivez sachant que le Pouvoir qui est en face ne tolèrent plus les manifestations citoyennes ?
Ceux qui réussissent dans la vie, ce sont ceux qui essaient. Ceux qui ne réussissent pas n’ont jamais essayé. J’interpelle le ministre Bouréma Condé pour qu’il arrête un peu. Quand il sera question d’une insurrection populaire contre des abus qui se sont accumulés, personne ne pourra arrêter ça. La justice sociale est la condition d’une paix durable. Quand il y a trop de frustrations autour d’un aspect, le citoyen sait qu’il a le droit de manifester pacifiquement. Mais quand ça persiste, il peut y avoir des risques de soulèvement pour arracher cette liberté. L’obéissance et la résistance sont deux valeurs sur lesquelles est basée la société civile. Par l’obéissance, nous respectons nos lois, et par la résistance, nous arrachons la liberté.
Ne pensez-vous pas que la division actuelle au sein de la société civile peut-être un obstacle ?
La société civile guinéenne est constituée des humains. Ces humains sont parfois tentés de partir. Quand je vois que ça soit la société civile ou les syndicats qui constituent aussi un pan de la société civile et d’autres acteurs sont tentés, c’est humain. Mais ce qui est plus important, la crème elle croit à l’idéal et aux valeurs que nous défendons. C’est ce qui me réconforte. En ce qui nous concerne, nous disons ce que nous pensons, bon ou mauvais. Quand il est question de poser des actes, il faut les poser et assumer. C’est vrai qu’il y a tentation liées à la corruption, mais au sein de la maison des associations et des ONG de Guinée, on a compris. On s’est attaché au travail de fond puisque c’est à travers ça qu’on se fera respecter et atteindre les résultats qui seront appréciés par les citoyens.

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Publié le 18.03.2019

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