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Nigeria/Boko Haram: l’opposition demande des comptes après la mort de dizaines de soldats

En pleine campagne électorale, l’opposition nigériane est montée au créneau pour demander des comptes au gouvernement face à une montée en puissance des attaques menées par le groupe jihadiste Boko Haram qui ont de nouveau fait des dizaines de morts dans les rangs de l’armée.

L’armée nigériane qui paye déjà un lourd tribut dans son combat contre Boko Haram, a encore subi de lourdes pertes ce week-end avec la mort de 44 soldats au cours d’une attaque du groupe jihadiste dans leur base de Metele, un village frontalier du Niger, selon des sources sécuritaires.

Mais le bilan des victimes pourrait être bien plus élevé, selon des informations non confirmées officiellement.

Depuis juillet, l’AFP a recensé au moins 17 attaques contre des bases militaires, quasiment toutes situées dans la région du pourtour du lac Tchad, une zone contrôlée par la faction du groupe de l’Etat Islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP).

Le président nigérian Muhammadu Buhari, qui avait promis lors de la présidentielle de 2015 d’éradiquer le groupe jihadiste, a assuré quelques mois après son arrivée au pouvoir que Boko Haram était « techniquement vaincu ». Son bilan sécuritaire est aujourd’hui très critiqué et les soldats déployés dans le Nord-Est se sont plaints à plusieurs reprises de manquer d’armes et de vivres.

Les attaques, les attentats-suicides n’ont jamais cessé dans cette région et désormais la faction soutenue par le groupe Etat Islamique, ISWAP, multiplie les raids contre les bases militaires, faisant des dizaines de victimes et pillant les armes et le matériel.

Près de quatre ans après les déclarations de M. Buhari sur la neutralisation présumée de Boko Haram, et alors même que le chef de l’Etat est candidat à sa propre succession pour la présidentielle de février 2019, le conflit s’invite à nouveau dans la campagne.

« Il est temps d’avouer que Boko Haram n’est pas techniquement vaincu », a lancé Peter Ayodele Fayose, ancien gouverneur et leader éminent du Parti Populaire Démocratique (PDP, opposition).

Le candidat de l’opposition à la présidentielle, Atiku Abubakar, a dénoncé vendredi dans un communiqué le manque de moyens mis à la disposition de l’armée.

« L’augmentation des attaques terroristes et criminelles contre nos troupes (…) est un signe clair que notre armée n’a pas assez de moyens financiers et n’est pas assez équipée », écrit M. Abubakar, originaire de l’Etat d’Adamawa (nord-est), une région touchée par le conflit.

– Stratégie régionale –


De son côté, le président du Sénat – grand rival du chef de l’Etat – Bukola Saraki, a annoncé jeudi qu’une délégation de sénateurs se rendrait rapidement dans l’Etat du Borno (nord-est) pour enquêter sur l’efficacité des forces sécuritaires.

Ni l’armée, ni le gouvernement n’ont réagi aux dernières attaques meurtrières contre les troupes.

« Les attaques contre les militaires et les cibles étrangères s’intensifient au Nigeria, où elles sont les plus nombreuses, mais aussi au Tchad, au Niger, et de plus en plus au Cameroun », estime un expert , Yan St Pierre, consultant en contre-terrorisme pour le cabinet MOSECON, basé à Berlin.

« Cela prouve, selon lui, que leur stratégie est régionale ». L’intensité des attaques menées par le groupe Boko Haram est parfois très inquiétante, et démontre que ISWAP a la capacité « humaine et matériel » de s’engager dans une vraie guerre avec les forces armées, a-t-il estimé.

En pleine campagne électorale au Nigeria – puissance pétrolière sur le continent africain avec plus de 180 millions d’habitants – le conflit est désormais « politisé », selon Amaechi Nwokolo, chercheur au Roman Institute of Security Studies d’Abuja.

« Maintenant que l’on est en campagne électorale et que les fêtes de fin d’année approchent, il est très probable de voir une forte augmentation des violences. Les +terroristes+ vont sûrement vouloir créer le chaos en amont des élections », estime-t-il.

De son côté, Chris Ngwodo, politologue nigérian, en mission dans l’Etat du Borno, constate que cette région, qui avait voté massivement pour l’APC (Congrès des progressistes, au pouvoir) en 2015, reste toujours favorable à M. Buhari.

« L’opposition va donc chercher toutes les failles dans l’armure du parti au pouvoir pour tenter de le décrédibiliser », explique M. Ngwodo à l’AFP.

Plus de 27.000 personnes ont perdu la vie depuis le début de l’insurrection jihadiste en 2009 et 1,8 million de personnes ne peuvent toujours pas regagner leurs foyers.

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