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Primaire démocrate: Warren et Sanders se déchirent, les progressistes s’inquiètent

Pour la plus grande inquiétude des progressistes américains, leurs deux grands candidats à la Maison Blanche Bernie Sanders et Elizabeth Warren se sont déchirés publiquement autour d’une question cruciale pour la primaire démocrate: une femme peut-elle être élue présidente des Etats-Unis?

Un vif échange a choqué, provoquant des réactions furieuses parmi leurs supporteurs mais aussi des appels inquiets au rassemblement.

A l’issue d’un débat télévisé, mardi soir, entre six candidats à la primaire démocrate, ces « amis » de longue date, héros de la gauche américaine, se sont traités mutuellement de « menteurs », selon un enregistrement diffusé par la chaîne CNN, Elizabeth Warren refusant de lui serrer la main.

Déjà avant ces mots, les progressistes américains avaient suivi avec inquiétude la montée des tensions entre les sénateurs Bernie Sanders, 78 ans et Elizabeth Warren, 70 ans, sur fond de fuites dans les médias américains ces derniers jours.

Ils craignent que leurs divisions ne laissent la part belle aux candidats modérés à l’investiture démocrate, le favori Joe Biden en tête.

Au coeur de leur dispute: une rencontre privée chez Elizabeth Warren en décembre 2018, quelques jours avant que cette dernière annonce sa candidature à la présidentielle.

Elle affirme que Bernie Sanders lui avait alors déclaré penser qu’une femme ne pourrait pas gagner face à Donald Trump. Accusé de sexisme, le sénateur du Vermont dément catégoriquement. Leur désaccord a explosé en pleine lumière durant le débat, sous les questions des modérateurs, Elizabeth Warren contredisant son démenti en public.

« Je ne comprends pas pourquoi Elizabeth Warren a choisi de poignarder Bernie dans le dos », a tweeté le réalisateur Michael Moore, supporteur de Bernie Sanders. « A un moment où notre premier boulot est de remplacer Trump, à quoi cela a-t-il pu servir? »

Comme lui, les supporteurs des deux sénateurs ont échangé des critiques acerbes, réveillant le spectre de la lutte acharnée qui avait opposé M. Sanders à Hillary Clinton lors de la primaire démocrate en 2016.

Sauf que cette fois, contrairement à Mme Clinton que les supporteurs de M. Sanders voyaient comme la candidate de « l’establishment », ce sont deux personnalités progressistes qui s’affrontent.

– « L’establishment gagne » –

Face à cette querelle, 18 associations de gauche — pro-Sanders, pro-Warren et encore non-déclarées — ont sonné l’alarme jeudi en signant une déclaration commune.

« Nous nous engageons à centrer notre combat pour l’investiture (démocrate) contre les candidats soutenus par l’aile alliée des entreprises, au lieu de lutter les uns contre les autres », ont-elles écrit.

Ces organisations « appelleront leurs membres (…) à s’engager à voter stratégiquement » pour l’un ou l’autre des deux candidats progressistes lors de la primaire démocrate pour choisir qui affrontera le républicain Donald Trump le 3 novembre.

« Quand les progressistes se battent, l’establishment gagne », a déclaré le dirigeant de l’une de ces organisations, Democracy for America, Charles Chamberlain.

Comprendre: attention au « danger » de voir Joe Biden, ou l’ancien maire modéré Pete Buttigieg, profiter de ces querelles.

Même l’épouse et proche conseillère de Bernie Sanders, Jane O’Meara Sanders, est intervenue après le débat: sa campagne « cherche à rassembler les gens à travers notre pays – pas à les diviser par race, origine ou sexe. Oubliez ceux qui tentent de nous diviser, concentrez-vous sur la construction d’un mouvement progressiste et soyez positifs pour réussir! #FemmesHommesUnis ».

Après la défaite de Hillary Clinton face à Donald Trump, ce débat autour de la possibilité qu’une femme occupe la Maison Blanche a réveillé les passions dans une Amérique marquée par le mouvement #MeToo.

Face à ceux qui l’accusent de sexisme, le vétéran de la politique et ses supporteurs martèlent qu’il avait proclamé publiquement il y a déjà trois décennies penser qu’une femme pouvait être élue présidente.

Elizabeth Warren s’est saisie de la question sur le plateau du débat: « Une femme peut-elle battre Donald Trump? », a-t-elle demandé avant de répondre par l’affirmative, en s’appuyant sur le fait que les deux seules femmes sur scène, elle et la sénatrice modérée Amy Klobuchar, étaient les seules à avoir remporté toutes leurs élections.

« Nous devons nous battre contre le fait que certains pensent qu’une femme ne peut pas gagner », a admis Mme Klobuchar à Politico. « J’ai entendu cela de la part de notre propre camp. »


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