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Psychose à Conkary, à 48 heures du double scrutin

La psychose s’est emparée de Conakry, la capitale guinéenne, à deux jours des élections législatives couplées au référendum du 22 mars 2020. Commercant de son état, Ibrahima Bah, habitant à Dar-es-Salam, redoute une escalade de la violence, s’appuyant sur « les différents discours de tous les bords dans les medias ».

« Le FNDC menace d’empêcher la tenue du vote et de l’autre côté la sécurité indique qu’il n’y aura pas de désordre, moi j’ai peur, étant un habitant d’un quartier fief de l’UFDG (Union des forces démocratiques de Guinée) », nous confie notre interlocuteur, soulignant que lui, n’ira pas voter. « Même si vous voulez voter, vous n’allez pas voter, parce que les militants de l’UFDG menacent dans mon quartier de s’attaquer aux bureaux de vote qui y seront installés », indique Bah.

« Que ce soit le FNDC, les partisans de ces élections, ils sont tous les mêmes. Ce sont des gens qui nous ont fatigués, en vérité. A chaque fois, ce sont des manifestations, des morts d’hommes. Je ne vote pas. Même si l’UFDG, l’UFR ou autres avaient pris part à ces élections, je n’allais pas voter, parce que je ne suis pas d’accord avec la manière dont la politique fonctionne en Guinée », réagit Sidiki Diallo, enseignant rencontré au quartier Kipé.

Dans une déclaration, le Front national pour la défense de la constitution (FNDC), un mouvement regroupant acteurs politiques et société civile, invite les citoyens guinéens à se mobiliser « pour enterrer définitivement le projet de coup d’État constitutionnel prévu le 22 mars 2020 ».

« Le peuple de Guinée est instamment appelé à une mobilisation historique du 21 au 22 mars pour empêcher le coup d’Etat constitutionnel destiné à octroyer un troisième mandat à M. Alpha Condé », a lancé Abdouramane Sanoh, coordonnateur du FNDC au sortir d’une plénière mardi dernier.

En face, le RPG (parti au pouvoir) met en garde contre toute manifestation le jour du scrutin. « Nous mettons en garde les fauteurs de trouble contre toute tentative d’actes subversifs sur n’importe quel périmètre du territoire national. Nous invitons le Gouvernement de la République à déployer tous les moyens légaux ce dimanche 22 mars 2020 pour assurer la sécurité des électeurs et à sécuriser les matériels et sites électoraux, afin que nos compatriotes épris de paix, de justice et de  démocratie, puissent sereinement exercer leur droit civique », lance le RPG dans une declaration ce vendredi.

Dans le même sens, l’Unité Spéciale de Sécurisation des Elections (USSEL) informe l’ensemble des citoyens que toutes les dispositions ont été prises pour assurer la sécurité des opérations de vote, des personnes et des biens ainsi que du matériel électoral avant, pendant et après les élections du dimanche 22 Mars 2020.

« Les actes d’incivilité et de trouble à l’ordre public ainsi que toute atteinte au droit de vote des citoyens seront sanctionnés conformément aux dispositions du Code électoral et du Code pénal », prévient dans une déclaration le général corps d’armées, Ibrahima Baldé, chef de l’USSEL.

De leur côté, les partis politiques en lice à ce double scrutin exigent la tenue de ces élections ce 22 mars. « Il y a eu trois reports. Donc, il n’est pas question de reporter la date du 22 mars. Nous allons nous y opposer catégoriquement », prévient Aboubacar Soumah, président du parti GDE.

« Toutes ces sorties sont effrayantes. Il faut que ces acteurs se ressaisissent. Ce bras de fer ne nous arrange pas. Aujourd’hui au marché, tous les prix ont grimpé. La conjoncture économique est difficile », martèle Tidiane Camara, qui appelle tous les acteurs au dialogue. « Il faut qu’ils mettent de côté leurs intérêts personnels, ils doivent voir la Guinée. Nous sommes devenus aujourd’hui la risée du monde », déplore M. Camara.

Depuis octobre 2019, des manifestations contre la modification de la constitution et la tenue des législatives ont fait plus de 40 morts dans le pays.


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