Almamy Aguibou Diallo : « Mes sept années de détention… »

Après avoir bénéficié d’une grâce présidentielle, Almamy Aguibou Barry a décidé de prendre enfin la parole.

De son arrestation à sa libération, celui qui a passé plus de sept ans à la maison centrale de Conakry raconte son vécu. IL parle également de ses projets, mais également de ses désormais anciens co-détenus dont le Commandant Alpha Oumar Boffa Diallo « AOB ».

 

Dans qu’elle état d’esprit étiez-vous lorsque vous avez franchi le seuil de la porte de la prison ? 

Quand les portes s’ouvrent d’un seul coup et que tout ce qui était défendu est permis aujourd’hui ça demande beaucoup de choses.  Mais avant tout, c’est la joie d’être libre, de revoir ma famille et mes proches. Ça n’a pas été facile mais l’émotion est très intense, elle n’est pas facile à décrire.  Je me sens bien. Je l’ai imaginé en mille manières quand je serais libre. Mais quand j’ai franchi le dernier seuil de la maison centrale  ce que j’ai ressenti c’était toute autre chose. Ça n’avait rien à voir avec  ce que je ressentais dans mes imaginations. Ce n’était pas facile à décrire mais aujourd’hui je suis vraiment heureux de retrouver ma famille mes amis, de serrer la main à toutes ces personnes qui m’ont soutenu durant ces longues  années.

Quand on vous observe, on n’a pas  l’impression que vous  venez  d’une prison, pouvez-vous nous en dire plus sur  vos conditions de détention… 

 

Les conditions de détention n’ont pas été faciles. Parfois c’était dur. Avec le temps, on a appris à se comprendre avec l’administration pénitentiaire. Ils nous ont étudiés et ont vu que nous n’étions pas des dangers.  Ils ont été professionnels, l’administration a joué un grand rôle dans l’amélioration de nos conditions de vie  en nous donnant une certaine liberté de nous laisser sortir entre 8 heures à 9 heures et nous faire rentrer entre 17 heures et 18 heures parfois. Nous aussi  de notre côté on a créé des conditions  pour que notre famille et des personnes de bonne volonté puissent nous assister.  Tout cela fait que nous avions eu des conditions  qui nous ont permis de résister et de tenir le coup.  Quelques rares fois je suis tombé malade.  Ce n’est pas facile de vivre dans un environnement qui n’est pas propre. Il y a les moustiques  et tout genre de personnes,  l’hygiène n’était pas  au complet. Mais on s’est battu  pour créer des conditions propres à nous pour qu’on puisse éviter certaines choses. Mais parfois, il y avait des maladies comme le palu.

 

Qu’est-ce qui a été le plus difficile pour vous en prison ? 

La prison elle fait peur quand tu viens d’arriver. L’intégration a été très difficile mais on s’est adapté au fur et à mesure. Personnellement, dès après la condamnation j’ai eu l’idée d’écrire à l’administration pénitentiaire pour qu’elle m’accorde des faveurs en acceptant que je puisse suivre quelques  cours à la Maison Centrale, des frais que j’allais supportés moi-même. Donc cela fut accepté et je passais mon temps  à étudier et faire quelques formations notamment en comptabilité, en réseau, en infographie et j’ai encore pratiqué un peu l’anglais (…). J’ai écrit un livre qui a pour titre le procès de la honte ou  les bonnes intentions du diable. Le livre est achevé mais il doit être restructuré  et si  tout se passe bien dans 6 mois le livre sera édité et publié.

Quand parfois on ouvre la porte à 10 heures et tu n’as pas de douche interne dans ta cellule, et que réalises que tu dois attendre qu’on t’ouvre la porte pour aller faire tes besoins, c’est difficile. Quand on vient te dire des fois à 14 heures de rentrer sans aucune raison et on ferme les portes intérieures des prisons il n’y a pas de plafonds et il fait vraiment chaud.  Parfois,  il n’y avait pas de courant pour faire fonctionner les ventilateurs c’est tout récemment, il y a eu le courant. Donc, il y a la chaleur, le stress et pas mal de choses qui nous rendent nerveux. C’est très difficile à vivre.

Vous êtes libre aujourd’hui. Qu’est-ce que vous comptez faire ? 

Pour le moment je me consacre à ma famille. Je vais faire un recul pour voir comment les choses  vont évoluer. Je n’ai pas de projet pour le moment mais je me suis dit que je ne vais pas être le prisonnier de mon passé. A partir d’aujourd’hui, je vais être l’architecte de mon futur.  Je remercie d’abord Dieu qui a permis cette pénitence et aujourd’hui il nous a rendu notre liberté.  Je prie Dieu qu’il donne aussi la liberté à nos codétenus qui sont  là-bas comme le Commandant AOB et Jean Guilavogui. J’appelle les autorités à faire la même chose pour eux. Ce serait un acte salutaire, la grâce présidentielle, pour que les deux autres puissent recouvrer leur liberté.

 

Nous savons qu’actuellement vous travaillez sur un ouvrage, pouvez-vous nous faire un petit résumé?

Le livre parle de moi et de quelques  codétenus surtout ceux qui ont beaucoup subis dans ce dossier.  Il parle de mon arrestation, de ce que j’ai subi, des endroits où j’ai été envoyé et tous les autres codétenus qui ont eu des problèmes. En bref, il parle de ma vie  en prison et un peu du procès. J’ai soulevé quelques incohérences et les accusations. J’ai pu relever beaucoup de choses. J’ai raconté aussi nos relations avec  la garde pénitentiaire.

 

Attaque du 19 juillet 2011 : Me Mohamed Traoré, s’exprime sur la grâce du chef de l’Etat

Sur son compte Facebook, Maître Mohamed Traoré relevé des incongruités dans la grâce présidentielle prise le 31 décembre dernier à l’occasion du nouvel an.

La grâce accordée le 31 décembre 2018 à un certain nombre de personnes condamnées, soulèvent de nombreuses questions en ce qui concerne en particulier Mme Fatou Badiar Diallo, Almamy Aguibou Diallo, Mamadou Alpha Diallo. Cette grâce intervient en effet au moment où le dossier les concernant est pendant le Tribunal criminel de Dixinn sur renvoi après cassation de la Cour suprême. 
Or, l’une des conditions de la grâce est l’existence d’une condamnation définitive. La situation se présente aujourd’hui comme suit : des condamnés sont graciés alors que leur condamnation n’est pas définitive et que leur procès se déroule au même moment. Le procès doit-il s’arrêter dès lors que la grâce est intervenue ? Que dire de la situation des intéressés ? Ils sont présumés innocents tant que leur condamnation n’est pas définitive et en l’espèce elle ne l’est pas. 
Peut-être que ces questions n’intéressent pas aujourd’hui les intéressés du moment où ils rejoignent leurs domiciles respectifs après des années de détention. Mais pour le juriste, il y a véritablement matière à débat. 
L’on ne sait pas ce qu’en pensent les spécialistes des questions de droit au niveau de la Présidence de la République, mais ils doivent prêter davantage attention à certaines décisions du Chef de l’Etat. Ce n’est pas la première que certaines décisions présidentielles posent problème au plan du droit. 
En tout cas, sur le plan strictement humain, merci au Président de la République pour ce geste qui vient à point nommé surtout pour Mme Fatou Badiar Diallo, la seule femme dans ce dossier du 19 juillet.