Alpha Condé: «N’y a-t-il pas d’autres pays où il y a de nouvelles Constitutions?»

Dans une interview accordée à Le Monde, le président de la République de la Guinée Conakry revient sur les manifestations organisées dans son pays en protestation de la réforme constitutionnelle qu’il veut instituer. Modification qui pourrait lui permettre de briguer un troisième mandat.

 Les manifestations du 14 octobre contre le projet de révision de la Constitution se sont soldées par la mort de neuf personnes, au moins. Etes-vous inquiet ?

Il peut se passer des choses beaucoup plus graves dans le monde et on ne dit rien. Mais dès que c’est ici on dit : « Ah ! ça, c’est la Guinée »… Le ministère de la santé a décidé que dès qu’il y a un mort, il faut qu’il y ait une autopsie pour savoir qui a tiré. On fait des enquêtes. On sait que ce sont eux-mêmes [les organisateurs des manifestations] qui tirent sur les gens. Quand il y a des morts, ça impressionne la communauté internationale. Là, ce sont des tentatives de déstabilisation d’un pouvoir démocratiquement élu. L’opposition a toujours été putschiste et elle se dit que s’il y a des morts, on met ça sur le dos du gouvernement.

La police, la gendarmerie n’ont aucune responsabilité ?

Nous allons faire des enquêtes. L’armée est consignée lors des manifestations. J’ai convoqué tous les chefs de la sécurité et je leur ai dit que si un élément tire, ce sont eux qui sauteront.

L’opposition refuse de participer au dialogue, comment sortir de la crise ?

Il existe un cadre de dialogue depuis 2016 réunissant majorité, opposition et partenaires internationaux. C’est là qu’on doit se retrouver. Mais mon problème est comment donner de l’emploi aux jeunes, toute leur places aux femmes et améliorer les conditions de vie des couches les plus fragiles.

Dans ce contexte, votre projet de réforme constitutionnelle reste-t-il une priorité ?

La Constitution précédente a été adoptée sans que le gouvernement soit associé à sa rédaction. C’est un concentré d’intérêts corporatistes, à tel point que l’on a été obligé de passer des accords politiques anticonstitutionnels. Elle était le fruit d’un accord pour sortir vite du régime militaire [de Dadis Camara en 2008-2009].

Après mon élection de 2010, j’ai estimé que la priorité était de relever le pays qui était à terre. Ces derniers mois, ce n’est pas moi qui ai soulevé le débat. Mais depuis un bon moment, beaucoup de gens disent que la Constitution n’est pas bonne. Quand il y a un débat dans le pays, il y a toujours du pour et du contre. J’ai donc demandé au premier ministre d’organiser des consultations pour connaître les points de vue. Des gens manifestent contre, mais il y a aussi beaucoup de monde dans les préfectures qui la veulent.

Le premier ministre vient de me remettre son rapport. Je déciderai. Si la grande majorité de la population veut une nouvelle Constitution, je ne vois pas pourquoi on ne le ferait pas. Nous sommes très portés sur notre indépendance et notre souveraineté depuis 1958. La démocratie, c’est la voix du peuple. Si une partie veut et une autre ne veut pas, on ira au référendum.

Quel est le calendrier ?

Je ne parle pas de calendrier. J’attends d’avoir vu le résultat des consultations. Il y a seulement quatre partis [dont l’UFR et l’UFDG, les deux principales formations de l’opposition] qui ne sont pas venus. La société civile, le patronat, les syndicats… tout le monde est venu.

Donc vous n’avez pas encore décidé si oui ou non il y aura une nouvelle Constitution ?

Je n’ai pas de conviction, je ferai ce que le peuple guinéen veut.

Envisagez-vous de vous représenter ?

La question ne se pose pas pour le moment tant que je n’ai pas fini mon mandat. D’ailleurs, il n’a jamais été question de mandat – c’est l’opposition qui en a parlé – mais d’une nouvelle Constitution. Dans ce cas, les partis décideront qui sera leur candidat. Une minorité ne peut pas imposer sa volonté au reste du pays.

N’y a-t-il pas d’autres pays où il y a de nouvelles Constitutions ? Où les présidents peuvent faire un troisième mandat ? Pourquoi ne dit-on rien aux autres ? Est-ce que la Guinée est le seul où un président en exercice fait une nouvelle Constitution qui peut lui permettre de se représenter ? Pourquoi en fait-on un scandale pour la Guinée ? On ne peut pas faire deux poids, deux mesures. Les Guinéens n’accepteront jamais cela.

Nous ne sommes pas sur la planète Mars mais sur la terre africaine. Je me suis d’abord consacré à sortir la Guinée du trou. Mais s’il y a un grand courant qui demande une nouvelle Constitution… Dans les autres pays où il y a de nouvelles Constitutions, il y a eu beaucoup de manifestations, il y a eu des morts, mais ils l’ont fait.

Après les manifestations du 14 octobre, la communauté internationale a attiré l’attention sur la nécessité de respecter le droit à manifester, la liberté de la presse. N’est-ce pas une critique implicite ?

Le premier ministre a reçu tous les diplomates. Il leur a expliqué qu’on n’a jamais interdit de manifester en Guinée mais qu’il faut respecter la loi. Ici, la presse est plus libre que partout ailleurs, c’est presque l’anarchie. On m’insulte, des hommes politiques m’insultent. Je ne les arrête pas. J’ai dépénalisé la [diffamation par voie de] presse. Je n’ai jamais porté plainte contre un journaliste même s’il raconte n’importe quoi. La communauté internationale est dans son rôle de demander ça.

Pourquoi avoir fait bloquer par des véhicules blindés l’accès au domicile de Cellou Dalein Diallo et de Sydia Touré, vos deux principaux opposants alors que les manifestations étaient terminées ?

Leurs manifestations sont des échecs parce que les gens sont fatigués de tout ça donc ils vont provoquer les forces de l’ordre et les accuser d’avoir tiré sur eux pour dire qu’on a essayé de les assassiner ou de malmener des hommes politiques. On connaît leurs pratiques. Donc c’est pour éviter ça et pour leur propre protection.

A une année de la fin de votre deuxième mandat, avez-vous le sentiment d’avoir accompli votre mission ?

Quand je suis arrivé au pouvoir, j’ai dit que j’avais trouvé un pays, pas un Etat. Il n’y avait pas d’institutions, pas de police, pas d’armée. La priorité était de résoudre les problèmes macroéconomiques. La banque centrale n’avait pas un mois de réserve, l’inflation était à 21 %, on n’avait terminé aucun programme avec la Banque mondiale qui nous appelait « le panier percé ». L’épidémie de virus Ebola [2015-2016] est ensuite venue fatiguer notre économie. Mais malgré tout on a atteint, juste après, une croissance à deux chiffres qui n’est pas descendue, depuis, en dessous de 6 %.

La Guinée vivait alors du commerce. On importait tout. Aujourd’hui, on transforme de plus en plus de produits agricoles, nous exportons du ciment. Nous n’avions pas d’énergie, maintenant nous produisons des centaines de mégawatts. J’avais dit que je consacrerais mon deuxième mandat aux femmes et aux jeunes. Je continue à tenir mes engagements.

Source : Le Monde

Le Fndc tient une fois encore en haleine la Guinée et la communauté internationale

La mobilisation d’hier, 24 octobre 2019 a drainé une grande foule à Conakry et une partie du pays. Une manifestation grandeur nature qui a suscité la réaction de personnalités guinéennes et également d’ailleurs.

Le groupe «Yen a marre», du Sénégal n’a pas pu s’empêcher de réagir face à la mobilisation de milliers de guinéens hier. «Si la Guinée est déstabilisée, la Guinée ne sera pas épargnée», scande «Yen a marre» qui dit non à un troisième mandat du président Alpha Condé.

L’ancien Premier ministre, Kabiné Komara, dans une interview a précisé que la tension pourrait retomber si le Président clarifiait sa situation une bonne fois pour toute. «J’ose espérer que les décisions que le président prendra seront sages dans le sens de clarifier une position très nette. Puisque tout le débat c’est de savoir s’il se présentera ou pas, je crois que s’il clarifie ce débat-là, les solutions seront trouvées », a-t-il précisé.

Sûr du retentissement de la marche du 24 octobre, Cellou, leader de la file de l’opposition a indiqué que «le troisième mandat était mort.»

Autant de déclarations qui viennent du fait que les manifestations organisées jeudi dernier, suite à la condamnation de certains membres du Front national pour la défense de la Constitution (Fndc) a drainé beaucoup de monde. Du côté du Fndc, on parle de 1,5 million de manifestants. Le gouvernement quant à lui annonce le chiffre de près de 30 000.

Le nombre de marcheurs étaient encore plus important que les 14 et le 15 octobre dernier. Ainsi, le Fndc a réussi à paralyser le pays, malgré les campagnes de sensibilisation du gouvernement invitant les fonctionnaires et autres travailleurs à se rendre à leur lieu de service.

Modification de la Constitution: les populations disent non à Alpha Condé

Des manifestations se tiennent dans plusieurs villes de la Guinée Conakry afin de protester contre le vœu du président de la République de modifier la Constitution.

Les rues des villes de la Guinée Conakry sont pleines de monde. Ce sont des marées humaines qui sont visibles ici et là.

Des commerces sont saccagés, des flammes sont visibles de part et d’autres. Dans cette atmosphère, les forces de l’ordre essayent tant bien que mal de contenir les populations déchaînées.

S’en suivent alors des altercations entre populations et forces de l’ordre. Certaines sources non officielles annoncent des morts et des blessés à ce stade des protestations.

Ces populations manifestent en protestation de la volonté du chef de l’Etat, Alpha Condé de modifier la Constitution afin de briguer un autre mandat. Une situation qui a débuté, hier 14 octobre et qui gagne en intensité ce jour.

Le débat sur la modification de la Constitution n’a pas lieu d’être (cadre du RPG Arc-en-ciel)

Au cours de l’assemblée générale du RPG Arc-en-ciel à Gbessia, tenue samedi, le préfet de Faranah a indiqué que c’est le peuple qui sortira grandi du référendum car c’est sa volonté qui va l’emporter au final.  

Le débat sur la modification ou non de la Constitution est un non évènement pour Ibrahima Kalil Keita.

«Je voudrais que les constitutionnalistes expliquent à l’opinion c’est quoi la constitution. Il n’y a aucune constitution qui ne change pas. La loi de la métaphysique n’existe pas dans les constitutions», indique l’ancien vice-président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni).

Il poursuit: «Tout évolue d’un moment à un autre. Aucune constitution n’est figée». Pour lui, la décision du président de la République demandant à son Premier ministre d’initier des consultations nationales avec la classe sociopolitique est salutaire et s’inscrit dans l’ordre des choses.

L’autorité administrative estime que les avis des uns et des autres pourront prévaloir au moment du référendum. «Je ne vois pas la nécessité de débattre sur cette question. J’invite tout un chacun à œuvrer pour la préservation de la paix dans notre pays, ponctue-t-il devant des militants et sympathisants du parti au pouvoir.