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Theresa May se sacrifie sur l’autel du Brexit

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Sur la sellette depuis des mois, la Première ministre britannique Theresa May a finalement cédé mercredi aux appels à quitter le devant de la scène, pour tenter de sauver son accord de divorce avec l’Union européenne, invoquant son sens du devoir.

« Je suis prête à quitter ce poste plus tôt que prévu afin de faire ce qui est bon pour notre pays et notre parti », a-t-elle annoncé aux députés de son Parti conservateur, qu’elle a été incapable de rassembler autour d’une vision commune de la future relation avec l’UE après 46 ans d’un mariage souvent orageux.

L’arrivée de cette conservatrice sans charisme, mais à la réputation de bûcheuse, à la tête du gouvernement en juillet 2016, au lendemain du référendum qui a décidé du Brexit, avait rassuré les Britanniques. Mais trois ans plus tard son autorité est réduite à néant et le Royaume-Uni risque de sortir de l’UE brutalement et sans accord.

Une situation largement attribuée à Mme May, 62 ans, qui a sous-estimé les divisions au sein de son parti et la difficulté des négociations qui l’attendaient avec Bruxelles.

« Elle est d’abord apparue comme une unificatrice mais elle a finalement fait preuve de peu de courage, d’imagination ou de talent dans sa gestion des négociations du Brexit », résumait mi-mars le magazine conservateur The Spectator.

La perte de sa majorité parlementaire au printemps 2017, après des élections anticipées qu’elle a elle-même convoquées, convaincue de les remporter haut la main, lui a compliqué la tâche. Cette absence de flair politique l’a contrainte à s’allier avec le petit parti ultra-conservateur nord-irlandais DUP, qui dicte ses exigences sur le Brexit et a affaibli son autorité.

Depuis, ballotée de crise en crise, elle a essuyé près d’une trentaine de démissions au sein de son gouvernement, deux motions de défiance dont l’une de son propre parti et deux rejets massifs par les députés en janvier et mars de son accord de Brexit.

Mais elle possède une qualité indéniable, la persévérance, reconnaissent fidèles et détracteurs.

– Fille de pasteur –


« Elle a tout donné. Et j’espère vraiment beaucoup qu’elle sera récompensée par l’adoption de l’accord » de divorce, a déclaré à l’AFP la députée conservatrice de Chichester (sud de l’Angleterre) Gillian Keegan.

Theresa May puise son sens du devoir dans son éducation: « Quand on est fille de pasteur, on a certaines responsabilités », expliquait-elle au Daily Telegraph en 2012.

Fille unique, elle grandit à la campagne, dans le sud-ouest de l’Angleterre. Discrète, elle n’en est pas moins déjà ambitieuse, rêvant dès l’adolescence de faire de la politique et de devenir la première femme chef de gouvernement du Royaume-Uni.

Si Margaret Thatcher lui a soufflé ce titre, elle réussit à devenir la première femme secrétaire générale du Parti conservateur de 2002 à 2003. A ce poste, elle s’illustre lors d’un discours en appelant les Tories, alors marqués très à droite, à se débarrasser de leur image de « nasty party » (« parti des méchants »).

Après avoir soutenu David Cameron dans sa conquête du parti en 2005, elle hérite du portefeuille de l’Intérieur lorsqu’il arrive à Downing Street en 2010.

Elle reste six ans à ce poste exposé, dans lequel elle s’illustre par sa gestion ferme de l’immigration. Mais les coupes budgétaires qu’elle opère dans la police l’exposeront aux critiques, après la série d’attentats revendiqués par le groupe jihadiste Etat islamique au printemps 2017 et la montée de la criminalité par arme blanche.

Décrite comme chaleureuse par ses proches, Theresa May souffre d’une image de froideur et de manque d’empathie et ses interventions publiques souvent répétitives et sans passion lui valent d’être surnommée « Maybot », ou May le robot.

Seule touche apparente de fantaisie: des colliers fantaisie et des escarpins à motif léopard. Façon d’afficher que sous ses dehors lisses, elle sait « prendre des risques », selon son ancienne conseillère en relations publiques Katie Perrior.

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