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Trump serein face au regain d’appels démocrates à le destituer

La pression montait lundi sur les chefs démocrates au Congrès américain pour qu’ils ouvrent une procédure de destitution contre Donald Trump, accusé d’avoir utilisé ses contacts diplomatiques avec l’Ukraine pour tenter de nuire à son rival politique Joe Biden.

Mais le président américain s’est dit serein lundi, en affirmant ne pas prendre « du tout au sérieux » cette menace.

« Celui qui a un problème, c’est Biden », a-t-il ajouté, cherchant apparemment, comme son entourage, à rediriger les projecteurs sur l’ancien vice-président de Barack Obama, favori de la primaire démocrate et donc l’un de ses sérieux rivaux potentiels pour la présidentielle de 2020.

« Ce que Biden a fait est une honte, ce que son fils a fait est une honte », a-t-il lancé, en reprenant des accusations non étayées concernant une affaire présumée de corruption en Ukraine et des pressions sur un procureur.

Donnant un nouvel élan aux appels des partisans d’une destitution, M. Trump a confirmé dimanche qu’il avait parlé à son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, cet été, de cette affaire présumée en mentionnant explicitement Joe Biden et son fils, Hunter, qui a travaillé pour un groupe gazier ukrainien à partir de 2014.

Affirmant que cette conversation avait été « très franche, très honnête », Donald Trump a dit « espérer » que sa retranscription puisse être publiée.

Pas assez pour apaiser l’indignation des démocrates, qui ne semblent pas prêts à se satisfaire d’un tel document: ils réclament que la Maison Blanche livre au Congrès le signalement présenté en août par un mystérieux lanceur d’alerte, membre des services de renseignement américains, pour sonner l’alarme sur cet appel.

L’opposition soupçonne Donald Trump d’avoir profité de sa position de pouvoir pour pousser M. Zelensky afin qu’il enquête sur Joe Biden, en utilisant notamment une aide militaire comme levier de pression.

Donald Trump n’a exercé « aucune pression » sur le président ukrainien pendant cet appel, a assuré le ministre ukrainien des Affaires étrangères.

M. Biden a dénoncé dimanche un « énorme abus de pouvoir ».

– Audition attendu jeudi –

Mais après la vaste enquête russe et une multitudes d’investigations ouvertes par les démocrates au Congrès sur d’autres dossiers concernant les Trump, cette affaire ukrainienne semblait lundi plus proche de parvenir à faire pencher la balance vers l’ouverture d’une procédure de destitution.

La Chambre, à majorité démocrate, serait chargée d’ouvrir cette procédure de mise en accusation, connue en anglais sous le nom d' »impeachment ». Puis le Sénat, contrôlé par les républicains qui restent en majorité fidèles à M. Trump, serait chargé du « procès ».

Réticente jusqu’ici à emprunter cette voie, la présidente démocrate de la Chambre des représentants Nancy Pelosi a menacé Donald Trump d’une escalade vers une « toute nouvelle étape de l’enquête » parlementaire s’il empêchait le lanceur d’alerte de témoigner.

Une date butoir semble se dessiner: l’audition publique prévue jeudi du directeur par intérim du renseignement national (DNI) Joseph Maguire.

Dans une menace à peine voilée, Mme Pelosi a dit dans sa lettre « s’attendre » à ce qu’il livre alors les détails du signalement.

Même si elle n’a pas utilisé le mot « destitution », la teneur de sa lettre laisse percevoir une nette évolution.

D’autant que plusieurs autres voix démocrates influentes au Congrès, également réticentes jusque-là, semblent suivre la même tendance.

– Evolution démocrate –

« Nous avons peut-être bien passé le point de non-retour », a déclaré le chef démocrate de la commission du Renseignement de la Chambre, Adam Schiff.

Partisane depuis des mois d’une procédure de destitution contre Donald Trump, l’aile progressiste du parti démocrate apparaissait elle chauffée à blanc, ciblant désormais explicitement ses chefs au Congrès pour qu’ils agissent.

« A ce stade, le plus grand scandale national n’est pas le comportement du président qui viole la loi – c’est le refus du parti démocrate de le destituer pour cela », a fustigé la benjamine de la Chambre, Alexandria Ocasio-Cortez.

Mais chez les républicains, le soutien à Donald Trump apparaissait encore solide, à l’exception de quelques voix connues pour être d’ordinaire critiques.

Si un grand allié du président, le sénateur républicain Lindsey Graham, a appelé lundi Donald Trump à publier la conversation polémique, il s’est montré confiant dans sa volonté de « transparence » et a, lui aussi, tenté de ramener l’attention sur les affaires des Biden.


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