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Ukraine: tensions au sein de la nouvelle Église orthodoxe indépendante

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A peine six mois après sa création, la nouvelle Église orthodoxe ukrainienne, indépendante de la tutelle religieuse de Moscou, s’est retrouvée mercredi en proie à des tensions entre ses dirigeants, faisant craindre un nouveau schisme.

Après des semaines de rumeurs sur des disputes internes, le conflit est devenu public lorsque Filaret, « patriarche d’honneur » de 90 ans, a convoqué une rare conférence de presse à Kiev pour accuser son ancien secrétaire, le métropolite Iepifani, 40 ans, élu primat de cette Eglise l’an dernier, de chercher à l’évincer du pouvoir.

« Monseigneur Iepifani évite de communiquer avec moi », a déclaré Mgr Filaret, très populaire pour son rôle dans la longue lutte pour la création de cette entité. « Si je savais que cela allait se passer ainsi, je n’aurais pas proposé sa candidature » à la tête de la nouvelle Église, a poursuivi le dignitaire.

« Il y a eu un accord pour que je continue de gérer l’Eglise sur le territoire ukrainien conjointement avec Iepifani et que ce dernier représente l’Eglise à l’extérieur », a affirmé Mgr Filaret.

– Soif de pouvoir –

Selon lui, une promesse en ce sens avait été donnée par Mgr Iepifani et par le président sortant Petro Porochenko, qui a contribué personnellement à la création de la nouvelle Eglise. « Mais ils m’ont trompé! », a lancé Filaret.

Le service de presse de Mgr Iepifani n’a pas commenté ses accusations dans l’immédiat. « Le président Porochenko (…) ne s’ingère pas dans les affaires intérieures de l’Église », a pour sa part assuré un conseiller du chef de l’Etat, cité par les médias.

Beaucoup ont critiqué la manoeuvre de Mgr Filaret en y voyant une ambition démesurée. « C’est regrettable et triste de voir la démarche de Filaret (…) Quelle soif de pouvoir a cet homme », a écrit sur Facebook l’analyste politique ukrainien Volodymyr Fessenko.

Excommunié par Moscou pour avoir autoproclamé en 1992, après la chute de l’URSS, le Patriarcat de Kiev dissident qu’il a dirigé depuis, Mgr Filaret a été réhabilité fin 2018 par le Patriarcat de Constantinople, qui fait figure d’autorité dans le monde orthodoxe.

Pressenti au poste de primat de la nouvelle Église, Mgr Filaret avait cependant accepté de ne pas présenter sa candidature et soutenu celle de Mgr Iepifani.


Sur fond d’une crise sans précédent avec la Russie depuis 2014, l’Ukraine s’est dotée en décembre d’une Eglise orthodoxe indépendante, décision historique qui a mis fin à plus de 300 ans de tutelle religieuse russe et provoqué la colère de Moscou.

Un concile réuni dans la capitale ukrainienne a ensuite acté la naissance de cette formation ayant fusionné deux Eglises dissidentes, le Patriarcat de Kiev, autoproclamé en 1992, et la minuscule Église dite autocéphale.

– Sanctions contre Filaret? –

Début janvier, le Patriarcat de Constantinople, qui fait figure d’autorité dans le monde orthodoxe, a officialisé la création de la nouvelle Église, qui a reçu le statut de métropole et remis au métropolite Iepifani un décret en ce sens.

Le Patriarcat de Moscou, qui dispose toujours d’un grand nombre de paroisses en Ukraine, a dénoncé cette décision comme « illégale » et rompu ses liens avec Constantinople.

Les tensions entre Filaret et Iepifani ont suscité la crainte d’un nouveau schisme entre orthodoxes, majoritaires dans cette ex-république soviétique, voire de la révocation par Constantinople de son décret reconnaissant l’indépendance de la nouvelle Eglise.

D’autant que Mgr Filaret a déjà dit qu’il ne reconnaissait pas la dissolution de son Patriarcat de Kiev, mesure qui a précédé son entrée au sein de la nouvelle Eglise, menaçant de facto de restaurer cette formation.

Très fâché par les « mensonges » de Mgr Filaret, le Patriarcat de Constantinople pourrait punir ce responsable et ses adeptes en les déclarant « schismatiques » au cas où ce scénario se réalisait, a rapporté le service ukrainien de la BBC.

« Nous devons donner un signal clair de soutien à l’Église orthodoxe d’Ukraine et son primat Iepifani », a pour sa part déclaré mardi le groupe parlementaire du parti pro-occidental Narodny Front dans un communiqué. « Nous devons dire résolument +non+ à toutes tentatives de déstabiliser » cette formation.

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