International › AFP

Venezuela: à Maracaibo, la pêche et la chasse pour survivre

Pas d'image

Les poissons qu’il attrape dans le lac de Maracaïbo sont tellement minuscules qu’il termineront en friture. Acculé à la débrouille pour nourrir ses sept enfants, Juan Maurice tente sa chance dans les eaux polluées pour avoir quelque chose à leur donner.

Le maçon qui pesait 75 kilos en a perdu seize et c’est par nécessité qu’il s’aventure avec son oncle à lancer ses vieux filets dans l’étendue fangeuse qui borde la capitale pétrolière du Venezuela.

« Aujourd’hui on est ici, demain on va chasser le lapin et l’iguane dans les collines », lâche-t-il tout en travaillant. Juan a 35 ans mais son visage émacié le fait paraître bien plus vieux.

Cette fois les deux pêcheurs relèvent une vingtaine de poissons, d’une espèce de daurade qui peut atteindre jusqu’à 30 cm, mais qui en mesurent à peine huit. Ils ont aussi un petit crabe bleu et trois poissons chétifs dont la consommation est inhabituelle.

Autrefois, Juan vivait à l’aise avec son salaire, la région était prospère. « Avant j’avais tout, je pouvais manger, économiser, arranger ma maison » dit-il en démêlant le poisson pris dans les mailles. Mais avec un PIB réduit de moitié depuis 2014 et une inflation attendue par le FMI à 10 millions pour cent cette année, l’emploi est devenu rare.

Même la production pétrolière, la principale richesse du pays qui représente 95% du budget national, est à l’arrêt.

– Sans eau –

Juan pêche à San Francisco, localité voisine de Maracaibo souillée par les fuites de brut qui s’écoulent des puits. « Je ne sais pas si on peut manger ces poissons mais avec la situation on doit tenter sa chance, donc on les mange », dit-il, soulignant que ses enfants sont « tout maigrichons ».

« Je me sens mal, jamais on avait vécu ça. C’est le chaos ».

Marcy Chirinos marche dans les rues désolées de Maracaibo, deuxième ville du pays avec 3,6 millions d’habitants. Il y a quelques jours à la faveur de la panne de courant qui a paralysé le Venezuela pendant près d’une semaine, le centre-ville et la zone industrielle ont été entièrement pillés. Plus de 500 commerces ont été mis à sac, dévastés.

« Et maintenant il n’y a plus rien à manger », soupire Marcy, qui s’est couvert la tête d’un vieux fichu pour se protéger des morsures du soleil.


Employée au ménage de la municipalité, elle gagne le salaire minimum, l’équivalent de six dollars par mois. « C’est pas possible de vivre comme ça, mes habits sont sales, on n’a même pas d’eau pour se laver ni d’argent pour acheter de la lessive », se plaint-elle.

Mais ce qui l’accable le plus, dans cette ville habituée aux pannes de courant, c’est l’absence de nourriture. Très menue, elle se démène pour aider à nourrir ses cinq nièces, une mission quasi-impossible.

« S’il y a quelque chose à vendre, c’est hors de prix. Pour le riz, la farine, maintenant on paye en dollars… mais où est-ce que je vais trouver des dollars?! »

– « La faim me donne mal à la tête » –

Les pillages dans Maracaibo, les plus féroces du pays, ont accru les difficultés déjà présentes avant la grande panne du 7 mars, et la plupart des magasins restent fermés.

« Ces vêtements ne me vont plus », reprend Marcy en désignant son pantalon large et usé. « Ce que nous avons, c’est pour les enfants. Le soir je me couche en priant Dieu qu’il fasse un miracle pour nous venir en aide ».

Contemplant l’alignement de boutiques fermées dans ce qui était le coeur commerçant de Maracaibo, Ana Angulo secoue ses cheveux blancs. « Regarde cette désolation », souffle-t-elle le regard triste, en désignant les rues vides. A 77 ans, elle n’a pas souvenir d’une précarité pareille. « La faim me donne mal à la tête ».

Du vivant de Hugo Chávez, assure-t-elle, « on n’aurait jamais vu ça ». « Chavez s’occupait de nous, il était très bon », poursuit-elle en se plaignant de la faim et de la crise que connaît le pays sous le gouvernement de Nicolas Maduro.

« La faim vous assomme », ajoute-t-elle d’une voix éteinte.

Arrive un peu plus loin Jaime Romero, 31 ans, poussant sa mère dans un vieux fauteuil roulant: « On est sorti voir si quelqu’un pouvait nous donner à manger ».

À LA UNE
Retour en haut